Article N° 8396
INNOVATION
2,2 milliards pour créer un médicament, mais qui paie vraiment l’innovation ?
Abderrahim Derraji - 23 août 2026 21:12Développer un médicament n’a jamais été à la portée du premier laboratoire venu. Mais les chiffres atteignent désormais des sommets. Le coût moyen de développement d’un nouveau médicament a atteint 2,2 milliards de dollars en 2024, soit 65 % de plus qu’en 2014. Même en tenant compte de l’inflation, la hausse reste d’environ 25 %.
De quoi alimenter un débat aussi ancien que sensible. Le prix élevé des médicaments innovants est-il réellement le prix à payer pour financer l’innovation ?
Il faut d’abord reconnaître une réalité. La recherche pharmaceutique est devenue considérablement plus complexe. Nous sommes loin de l’époque où l’innovation reposait essentiellement sur de petites molécules chimiques. Anticorps monoclonaux, thérapies géniques et cellulaires, ARN messager… la médecine s’attaque aujourd’hui à des mécanismes biologiques extrêmement sophistiqués, parfois encore mal compris.
Les essais cliniques ont suivi la même tendance. Un protocole de phase 3 comportait en moyenne 19 critères d’évaluation en 2025, soit 30 % de plus qu’en 2012. Plus spectaculaire encore, le volume moyen de données recueillies est passé de 930 000 points en 2012 à près de 6 millions en 2025.
À cela s’ajoute une difficulté croissante à recruter les patients. La médecine de précision réduit les populations éligibles. Il ne suffit plus d’avoir un cancer du poumon, par exemple. Il faut parfois présenter une mutation déterminée, un biomarqueur particulier et répondre à de multiples autres critères.
Et puis il y a tous les médicaments qui ne verront jamais les rayons d’une officine ou d’une pharmacie hospitalière. Moins de 7 % des molécules entrant en phase 1 obtiennent finalement une autorisation de mise sur le marché. En 2024, les vingt plus grandes entreprises biopharmaceutiques auraient dépensé 7,7 milliards de dollars dans des essais portant sur des médicaments qui n’ont finalement jamais été commercialisés.
L’innovation coûte donc incontestablement cher.
Mais reconnaître cette réalité ne signifie pas pour autant signer un chèque en blanc à l’industrie pharmaceutique.
Car une question essentielle demeure. Combien coûte réellement le développement de chaque médicament ? Sur ce point, l’opacité reste considérable. Les laboratoires publient rarement les dépenses attribuables à un produit précis et les estimations disponibles reposent sur des méthodologies différentes.
C’est pourtant là que se joue une partie du débat sur l’accès aux traitements. Comment déterminer si un prix de plusieurs dizaines, voire de plusieurs centaines de milliers de dollars, est justifié lorsque celui qui le fixe est pratiquement le seul à connaître la véritable structure de ses coûts ?
Il ne s’agit pas d’opposer les patients à l’industrie pharmaceutique. Sans rentabilité, pas d’investissement. Sans recherche, pas d’innovation. Mais sans transparence, pas de confiance.
Et lorsqu’il s’agit de médicaments capables de sauver ou de prolonger des vies, la confiance est primordiale.
SOURCE : swissinfo.ch
Source : PharmaNEWS
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